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Interview © Muriel Genty - Photos © Alain Mangenot - Country France - Billy Bob's Country Western Saloon - Country Rendez-Vous Festival
CF : Que pensez-vous de la danse en ligne sur des musiques country, l’engouement actuel pour ces danses permet-il simultanément de promouvoir la musique country ?

JDP : Absolument, oui. Je pense que tout ce qui peut mettre en avant la musique country est un bon élément pour la promouvoir.
Ce que je trouve un peu dommage par contre c’est que les line-dancers s’écartent un peu du sujet en créant des chorégraphies sur des musiques non country comme par exemple des salsas. C’est dommage car on sort complètement du sujet, le look est country mais pas la musique, ce qui paraît incohérent.

Danse dans le festival Off
Festival Off dans le bourg de Craponne sur Arzon,
Par contre, j’encourage évidemment les gens qui travaillent sur des chorégraphies avec des musiques country et les danseurs qui les pratiquent.
D’ailleurs, ce serait bien que les professeurs de danse initient les danseurs à la musique country en donnant avec le nom de la danse le nom du groupe ou du chanteur et en leur expliquant de quel type de musique il s’agit.
En effet, le danseur de base vient souvent demander une danse sans en connaître la musique. Il faudrait donc élargir les connaissances.
Mais je trouve ce phénomène de mode très bien, il grandit en Europe alors qu’il est plutôt en perte de vitesse aux Etats-Unis. Je pense que ça peut clairement apporter quelque chose à la musique country.

 CF : Y a-t-il une divergence entre les danseurs en ligne et les amateurs de musique country, ou bien est-ce que leurs goûts se rejoignent ?

JDP : Forcément, le goût des danseurs va vers les musiques qui accompagnent les danses. Mais, ceux qui aiment la musique country apprécient aussi les musiques des danses country, c’est la même chose. L’amateur de musique country qui se rend par exemple au Billy Bob’s va être heureux de pouvoir à la fois profiter d’un décor de saloon américain, écouter de la musique country et admirer le spectacle des danseurs. L’amateur de musique country ne s’éloigne donc pas trop du danseur, dans la mesure où la musique reste country comme je l’expliquais précédemment.
CF : Au Billy Bob’s country saloon au Disney Village de Disneyland Paris, comment les danseurs confirmés de country et les non initiés cohabitent-ils ?

JDP : Evidemment, les danseurs confirmés sont un peu maîtres du terrain car ils impressionnent tout le monde et pour des raisons d’orgueil les débutants n’osent pas toujours se mêler aux confirmés.

Mais, il y a toujours dans la programmation des danses accessibles à tous et on retrouve alors les amateurs et les professionnels tous ensemble. Tout le monde est le bienvenu, les amateurs comme les confirmés. Selon les soirs, ce sont plutôt les amateurs ou plutôt les confirmés qui sont présents.
à droite, les danseurs s'expriment devant la scène du festival Country Rendez-Vous, entre deux shows.
Devant la scène di festival
CF : Avez-vous pu observer un réel développement de la country en France ?

JDP : Je ne fais plus d’animation radio aujourd’hui. Mais j’en ai fait pendant 10 ans et je ne pense pas que la country se soit vraiment développée au cours de ces années.
La musique country touche les personnes qui rêvent d’Amérique, qui partagent la passion des voitures ou des motos américaines ou de la danse.
A chaque fois qu’on a organisé un concert spécial country à Disney, on a observé que la clientèle était toujours la même. Comme les médias en France ne cherchent pas à promouvoir la country, la jeune génération n’est pas touchée.
Maintenant que Shania Twain est énormément diffusée sur les radios, elle est devenue très connue du public. Mais, sans appellation country.
Pour les auditeurs, il s’agit de pop, ce en quoi ils n’ont pas vraiment tort. Si demain les médias s’appliquaient à développer la country, peut-être que les jeunes seraient touchés.

Globalement, ceux qui aujourd’hui écoutent de la country sont ceux qui l’écoutaient il y a dix ans. Avec peut-être des nouveaux venus grâce à la danse. Je dirais que la danse a été le vecteur le plus important pour développer la country en France, comme les médias sont inexistants.

Par ailleurs, les maisons de disques ne jouent pas le jeu et ne l’ont quasiment jamais joué ou alors au coup par coup. Certains artistes sortent des disques en Europe dans l’anonymat le plus complet ou certains disques ne sortent pas du tout.
Le Festival
On a aujourd’hui la chance de pouvoir se procurer facilement et rapidement des CDs par Internet, ce qui permet aux initiés de se tenir au courant, mais cela ne permet pas aux non initiés de se mettre à la country, à moins d’être éventuellement influencés par un ami, un concert ou la danse. Il est impossible à Monsieur Tout Le Monde de se découvrir du jour au lendemain un goût pour la country alors qu’il ne l’entend nulle part.

CF : Comment peut-on expliquer cette absence de médiatisation de la musique country en France, alors que la country marche si bien aux Etats-Unis ou dans d’autres pays européens ?

JDP : Je crains qu’il ne s’agisse d’un problème pseudo-politique depuis De Gaulle.
En France, on ne s’intéresse à la musique américaine que lorsqu’elle concerne les minorités, comme le rap par exemple, on trouve que c’est humain.

Dès qu’il ne s’agit plus de minorité, cela devient de la musique impérialiste, réactionnaire. On ressort alors tous les vieux fantômes du Klu Klux Klan, on agite les drapeaux des esclavagistes. On tombe dans un stéréotype qui a toujours nui à la country music. Certaines maisons de disques comme MCA ont fait des efforts en essayant de remplacer l’appellation ‘country music’ par ‘new american music’, en sortant des compilations et en faisant venir des artistes à Paris, mais ça n’a pas marché.

C’est un état d’esprit spécifique à la France. Il y a eu des reportages qui sont passés à la télévision comme par exemple celui sur Garth Brooks. Il a été présenté comme un bouseux ridicule, un guignol pour américains, alors qu’il a vendu plus de 100 millions d’albums dans le Monde. On prend un malin plaisir à dire que ce qui se fait ailleurs est mauvais avec des sous-entendus racistes.

Alors qu’en France, le pays de la liberté, on voit la country d’un œil négatif. Il y a plusieurs catégories qui aiment la musique country. Les gens un peu aisés qui aiment partir aux Etats-Unis retrouvent l’ambiance de leurs vacances. Ceux qui rêvent d’Amérique et ne peuvent pas y aller s’évadent en écoutant de la country music, en allant danser ou en se rendant dans des festivals comme celui de Craponne.

Cela leur permet d’imaginer ce que serait un concert country aux Etats-Unis. Je ne sais pas si pour ce qui est des médias il va y avoir une amélioration, je l’espère en tout cas. Internet sera sans doute une bonne ouverture pour promouvoir la country.
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